le système éducatif français par Aymane
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le système éducatif français
« QUELLE OFFRE POUR L'AVENIR ? »
De Jules Ferry qui la fonda aux récentes conclusions du rapport Pisa, l’École républicaine et les idéaux qu’elle porte depuis toujours semblent avoir perdu de leur éclat. Dans un contexte de “baisse inédite” des performances des élèves comme l’annonçait le rapport PISA 20221, et dans une époque où la formation des nouvelles têtes pensantes est plus qu’essentiel pour garantir la sécurité du pays et du continent face aux problèmes de notre génération, que mettent en place la France et ses voisins dans le domaine éducatif ?
Que vaut la France face à ses voisins?
Quelques généralités. Tout d’abord, la France applique l’un des 3 systèmes éducatifs les plus courants en Union Européenne1, celui du “tronc commun” qui fournit un enseignement général aux élèves, et qui est géré par deux institutions : une pour l’enseignement élémentaire (maternelle, primaire), et une pour le premier cycle de l’enseignement secondaire (collège, lycée). Il existe des alternatives telles que le système de “structure unique”, où une seule institution fournit tous les enseignements : il est utilisée au Danemark, en Suède, en Finlande…Et le système à “orientation précoce” qui permet d’orienter professionnellement dès la fin de l’élémentaire, si l’élève le souhaite. On l’observe par exemple en Allemagne, qui propose jusque 4 établissements différents une fois dans le secondaire.
Ensuite, la France est le pays avec le plus d’élèves de toute l’Union Européenne (un peu plus de 7 600 000)2, ce qui peut s’expliquer par une obligation de scolarité allant de 3 à 16 ans, puis une obligation de formation jusqu’à 18 ans. Bien que le budget de l’Éducation Nationale était élevé en 2024 (63,8 milliards, le premier budget de la nation)3 ce ne sont pas eux qui dépensent le plus pour l’éducation, du moins en termes de % du PIB : cet honneur va plutôt aux pays nordiques, notamment la Suède qui attribuait 7,2% de son PIB à l’éducation en 20234. La France investit d’ailleurs nettement plus dans le second cycle du secondaire, mais moins dans l’élémentaire5 : le nombre d’élèves par classe (18,2 en moyenne6) ou encore le salaire plus bas pour les enseignants dans ce domaine en est la preuve.
Comme dans d’autres pays développés, la grande accessibilité aux études entraîne une dévaluation des diplômes : du “monument historique” de Jack Lang7, ancien ministre de l’Éducation Nationale, le bac est devenu un diplôme lambda, que tout le monde peut obtenir. On pourrait même parler “d’inflation” des diplômes : de la même manière qu’un surplus d’argent sur le marché lui fait perdre sa valeur, il en va de même pour les diplômes.8
Mais ce que fait assez exceptionnellement le système français est de reproduire les inégalités entre élèves favorisés et défavorisés : en compréhension de l’écrit comme en mathématiques, le rapport PISA de 2022 mettait en évidence un écart sans précédent entre ces élèves.9
Enfin, une fois sorti du système éducatif, l’insertion professionnelle est rude. Les contrats les plus précaires deviennent de plus en plus courant : il est désormais plus difficile d’occuper un emploi stable, ces derniers laissant place aux postes en CDD, en intérim, aux stages non rémunérés…De 15% dans les années 80, le nombre de jeunes de moins de 25 ans en emploi précaire est monté à 50%.10
En 2023, en moyenne dans l’UE-27, le taux de chômage des jeunes adultes ayant un diplôme de l’enseignement supérieur est de 4,4 % alors qu’il atteint 14,3 % pour ceux qui sont peu diplômés.11
Travailler plus pour gagner moins ; l’Éducation Nationale face aux professeurs
Côté professeur, ce n’est pas tout beau non plus. D’abord au niveau de son salaire : un professeur français gagnait 2,2 fois le SMIC dans les années 801 : c’est désormais 1,1 en 2024.2 Si cela ne suffisait pas, les professeurs voient leur salaire stagner lorsqu’ils sont en milieu de carrière3. Et selon une enquête de 2013, il faudrait qu’un professeur le reste pendant 30 ans, soit 10 ans de plus que nos voisins, pour atteindre son salaire maximum4! Mais passons outre : selon la même enquête, le salaire n’est pas évoqué en priorité chez les étudiants sondés, à part dans les cas où le métier de professeur engendrerait une affectation lointaine, qui nécessiterait de payer des frais de déplacement. Il ne serait donc pas la raison pour laquelle il manquait plus de 3 000 enseignants à la rentrée 20245…
Le problème pourrait alors venir de la façon dont on devient enseignant, c’est-à-dire en obtenant le CAPES pour les collèges et lycées, et le CRPE pour la maternelle et la primaire. Sachant que la plupart du temps, ceux qui passent un CAPES font également un master métiers de l’enseignement, il y a un accès assez restreint au concours et donc à la profession. La nature de celui-ci, très académique, peut donc constituer un frein supplémentaire6.
Et enfin, le métier de prof aurait perdu de son prestige. Autrefois métier d’avenir, il est désormais perçu comme un travail ingrat, aux rémunérations faibles mais aussi aux moyens et aux avantages faibles. Travailler plus pour gagner moins, tel serait le mantra d’un enseignant. Et pourtant, du côté des “travailler plus pour gagner plus”, là n’est pas le problème : disait alors Nicolas Sarkozy en novembre dernier qu’un prof ne travaille que “24 heures par semaine […] 6 mois de l’année”7. Le problème viendrait-il donc de ces politiques qui n’y comprennent rien à l’enseignement? Posons la question du côté des élèves.
Les élèves pris dans la machine de l’Éducation Nationale
On nous demande de choisir (très) tôt ce que l’on veut faire plus tard ; Élisabeth Borne, actuelle Ministre de l’Éducation Nationale, parlait même de préparer l’orientation “presque depuis la maternelle” il y a quelques mois avant de devoir s’expliquer…1
Et la disparition des séries (scientifique, littéraire…) issue des réformes Blanquer de 2018, celles qui ont amené le bac que l’on connaît désormais, ont eu plusieurs effets sur le lien entre orientation et performance académique.
D’abord, la grande place qu’occupent désormais les spécialités dans le contrôle continu encouragent les élèves à travailler davantage là-dessus, voire même à rater stratégiquement les autres évaluations du tronc commun pour conserver ses efforts (et sa moyenne).2 Rien qu’en première, les spécialités représentent 12h de cours en plus chaque semaine, sachant qu’il y a également un bac de français à préparer la même année!
Et si ce n’était pas assez, si la pression n’était pas suffisante, les élèves passent en Terminale avec 2 spécialités (dont on espère pour eux qu’ils ont fini les programmes de l’année, au risque de conserver quelques lacunes), tout en devant s’adapter à une nouvelle matière, elle aussi riche en contenu et dont la méthodologie change de d’habitude : la philosophie.
À noter d’ailleurs que lorsque tout cela se déroule, Parcoursup prend en compte les notes dès la classe de première pour l’admission dans le supérieur en fin de Terminale. Travailler chaque évaluation, quelle qu’elle soit, est donc crucial.
Nous avons donc un choix de spécialité qui pèse sur les élèves dès 15 ans, les spécialités qui vont ensuite peser fort à la fois sur le contrôle continu (qui joue pour 40% de la note finale au bac) mais aussi sur l’emploi du temps, sans garantie de terminer le programme avant la fin de l’année, et sans garantie non plus de pouvoir jongler entre spécialités, contrôle continu, et nouvelles épreuves du bac.
Un climat scolaire parfois tendu
Témoignage de Chloé, chiffres sur le harcèlement scolaire.
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Fût un temps, l’école française se portait bien. Les profs étaient bien payés et aptes à faire cette profession toute leur carrière, les filières, aussi nombreuses furent-elles, permettaient aux classes de passer le temps qu’il fallait sur leur programme, et si tentés certains élèves ne souhaitaient pas faire d’études supérieures, il y avait facilement moyen de trouver un emploi stable. Loin de dire qu’elle était parfaite : aux débuts du collège unique et à l’aube de mai 68, il y avait de quoi se plaindre! L’école était déjà un lieu aux tendances élitistes, qui reproduisait des inégalités sociales longtemps enracinées dans notre société, mais aussi un lieu qui n’était pas prêt à la massification de l’enseignement, ce phénomène qui aura permis à tous d’entreprendre des études, et qui plus est des études longues.
Que faire? Séparer à nouveau le collège et le lycée? Revenir aux séries plutôt qu’aux spécialités? Tout simplement, mieux payer les professeurs et mieux financer les établissements? Ce ne sont pas les préconisations qui manquent à l’appel, vu le travail mené par des organisations telles que l’OCDE : à défaut d’avoir une réponse claire, voici une piste tout droit sortie de France Culture pour approfondir le sujet si vous le souhaitez : PISA : la France se donne-t-elle les moyens de se remettre à niveau ? | France Culture
Résultats des élèves : la France et le classement PISA 2022 | vie-publique.fr
L’Europe de l’éducation en chiffres 2024, p.15
Ibid, p.17
Government expenditure on education – Statistics Explained – Eurostat
L’Europe de l’éducation en chiffres 2024, p.6
Ibid, p.19
Le bac de Jack Lang: «Je récuse l’idée selon laquelle le baccalauréat serait donné»
Les diplômes ont-ils perdu leur valeur ? | Alternatives Economiques
L’école française réussit aux élèves les plus favorisés
L’Europe de l’éducation en chiffres 2024, p.7
Résultats des élèves : la France et le classement PISA 2022 | vie-publique.fr
La chute du salaire des enseignants en France – Lucas Chancel
L’Europe de l’éducation en chiffres 2024, p.6
Les difficultés de recrutement d’enseignants dans certaines disciplines, p.38
Rentrée 2024 – il n’y a pas un professeur devant chaque classe ! – SNES-FSU
Les difficultés de recrutement d’enseignants dans certaines disciplines, p.31-32
« On ne va pas orienter les élèves dès la maternelle » : Élisabeth Borne revient sur ses propos
La réforme du lycée général et technologique, Juillet 2023, p.22
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